La Grande Tortue Cosmique

La grande tortue cosmique représente l’univers, c’est un support symbolique  pour expliquer l’ordre du monde des apparences. Tous les calculs astrologiques sont basés sur l’ordre cosmique gravé sur la tortue, voilà pourquoi il est nécessaire d’en comprendre le sens profond.

La Grande Tortue Cosmique Astrologie Tibétaine

 

Direction, saisons, éléments

À l’origine est la tortue de l’existence, retournée sur le dos. Sa tête désigne le Sud et l’élément Feu. Son flanc droit indique la direction Est et l’élément Bois. Son flanc gauche montre l’Ouest et l’élément Métal. Sa queue indique le Nord et l’élément Eau. Enfin, ses quatre membres, dans les directions intermédiaires (Nord-Est, Nord-Ouest, Sud-Est, Sud-Ouest), correspondent à l’élément Terre. Chacun des éléments est prédominant durant une saison: au printemps culmine le Bois, en été le Feu, en automne le Métal et en hiver l’Eau. Mais à la fin de chaque saison, l’élément caractéristique perd de la force. C’est alors que prédomine l’élément Terre jusqu’alors masqué. Ainsi l’élément Terre ne manifeste sa force qu’aux intersaisons. Et comme chaque saison est liée à une direction cardinale, on attribue à l’élément Terre les directions intermédiaires.

Symbolisme

Les premières traces de la tortue remontent à 250 millions d’années et font donc de cet animal un symbole de longévité, on la retrouve omniprésente dans de nombreuses civilisations. En Extrême-Orient (Chine, Japon, Vietnam, Corée, Inde, Tibet…) comme en Amérique du Nord (du Mexique jusqu’en Alaska), la tortue est avant tout le support du monde. Dans la quasi-totalité des civilisations anciennes du monde entier (dont certaines existent encore, comme le peuple aborigène d’Australie, la Chine ou le Vietnam) la tortue a toujours été essentiellement un symbole de longévité et de sagesse.  Elle est vénérée comme la base de tout les calculs de l’astrologie des éléments. Dans la tradition bouddhiste on lui accorde  cinq aspects :

  1. Astrologie Tibetaine Tortue symboleLa tortue des divinations de l’état naturel
  2. Du monde matériel
  3. Des êtres humains
  4. De l’émanation symbolique
  5. De l’exégèse ou l’incision

La tortue de l’état naturel

Tous les Bouddhas du passé, présent et futur proviennent de l’état intemporel, ainsi que tous les êtres humains des trois sphères du désir, et de la sphère de la forme et du non forme. Au sein de cet espace atemporel ou de la tortue primordiale proviennent tous les Bouddhas et les êtres humains. Celui qui reconnaît la nature de l’esprit est libre de toutes limitations de temps et espace, pour lui tous les phénomènes sont vides et lumineux et ne sont que le jeu incessant et spontané de la nature de son esprit. L’aspect lumineux est cette capacité de percevoir, connaître, penser, conceptualiser, analyser et créer. Dans l’état de non-dualité, l’esprit est dégagé de toute croyance limitée. Au-delà du néant et de l’éternel, de l’intérieur et de l’extérieur, de l’espoir et de la crainte, il est au-delà de la souffrance, résidant dans la pureté primordiale de l’esprit il est omniscient. Vacuité et clarté sont inséparables et leur union donne naissance au déploiement d’une infinité d’apparences. Dans l’état originel, ni samsâra ni nirvâna n’existent. Seule l’ignorance crée les conditions du samsâra, et le désir de rechercher un nirvana ou de faire cesser le samsâra, la souffrance naît alors en nous. Cet état de réalité absolu est aussi appelé dhamadhatu (tib. Chos-dbyings) ou encore Samantabhadra, ou encore nirvana qui signifie au-delà de la souffrance. La tortue de l’état naturel correspond aux 7 qualités de l’esprit Vadjra : MI CHODPA, intranchable, MI SHIGPA, Incassable, DENPA, Absolu, SAVA, Dur, TENPA, Stable, KUNLE MAPANPA, Invincible, KUNLA MATOGPA, Imblocable.

La tortue du monde matériel

Le monde matériel émerge de la manière suivante. De l’expiration de la tortue émerge le mandala de l’air, le mandala de l’eau émerge de sa salive et le mandala de la terre, qui inclut toutes les montagnes et les continents, émerge de sa chair. D’un point de vue relatif les choses apparaissent à nos sens en raison du poison de l’ignorance. Nous pouvons tous constater le caractère changeant et imprévisible des apparences, il n’existe pas un seul phénomène qui ne soit soumis à la naissance et la mort, à la création et à la destruction. Il en est ainsi de même de nos vies, de nos constructions, de la terre, des planètes, des univers et même des atomes et des particules subatomiques. Bien que les apparences existent d’un point de vue relatif, elles ne sont que le produit du lien de l’interdépendance, un arc-en-ciel n’existe que grâce aux rayons du soleil et à la pluie. Dès que l’un de ces facteurs disparaît l’arc-en-ciel disparaît. Est-il donc vraiment existant ? Il n’a donc aucune existence indépendante. ITout n’existe qu’en dépendance de causes et de conditions. Et ceci peut s’appliquer pour chaque phénomène composé de l’univers. Même le « moi » est un composé transitoire, un ensemble de perceptions, sensations, sentiments, idées, etc.… .  Kun Dzopi en tibétain signifie la réalité qui enveloppe toutes choses, l’apparence que les phénomènes ont lorsque nous les percevons. Nos passions dominent notre esprit, elles se manifestent en pensées, en concepts et enfin en actes concrets qui obscurcissent notre véritable nature vide et lumineuse, créé ainsi du Karma positif ou négatif dont nous aurons à éprouver les effets plus tard. Souvent nous subissons les fruits de notre Karma passé, sans pour autant cesser d’en créer du nouveau. Aussi nos habitudes mentales nous font accumuler du karma et nous empêchent de reconnaître l’illusion profonde dans laquelle nous sommes plongés. C’est ainsi que nous nous enchaînons dans le cycle des existences samsariques.

 

La tortue des êtres sensibles

Du contact entre la tortue de l’état naturel et la tortue du monde matériel, émerge la tortue des êtres sensibles. Elle est de couleur or, sa tête est dirigée vers le Sud, sa queue est dirigée vers le Nord et ces membres dans les 4 directions intermédiaires. De l’espace devant et derrière émergent les êtres sensibles du monde des dieux (deva), les quatre Roi qui gardent les quatre portes le Soleil, la lune, les étoiles, les planètes, et les trois sphères supérieures du monde du désir. Il est dit également que le soleil et la lune émergent des yeux de la tortue. Un bruit fracassant comme un tonnerre émerge de sa bouche, des éclairs et des grêlons émergent de sa langue et de sa respiration. Les cinq éléments extérieurs émergent de ses organes solides et creux, les tremblements de terre des mouvements de son corps, le trigramme mère Khon qui représente la terre provient de ses excréments, il engendre les esprits serpentins (nâga). Huit trigrammes émergent de la tortue des êtres vivants, Khen le père des trigrammes symbolise le ciel ou l’espace et émerge de l’expire de la tortue. Gin, le fils aîné, symbolise la montagne, liant le ciel et la terre, et émerge de l’union de Khon et Khen. Zon, la fille aînée, symbolise l’air et émerge des vents entre les montagnes et les rochers. Li, la deuxième fille symbolise le feu, émergeant de la confrontation du vent et des rochers qui créent un incendie. Kham, la progéniture incestueuse, émerge de la pluie provoquée par l’agitation du vent et du feu. Zin, la plus jeune des filles, symbolise le bois, émerge des arbres qui grandissent sur la montagne. Dva, le second fils, symbolise le métal, émerge de la pénétration de la terre par le feu. Kham (eau) et Zin (bois) sont nés de la relation incestueuse de Gin (montagne) et Zon (air). Leurs naissances a agité le monde des Dieux et des Nâgas. La conséquence en a été l’apparition des huit classes de dieux et ogres de l’existence phénoménale. Le monde des anti-dieux (assura) émerge d’une subdivision entre dieux et ogres (raksasa). Des actions passées nobles des dieux émerge le monde des humains.

Par la suite,  trois royaumes inférieurs sont apparus : le monde des animaux (tiryak), des esprits avides (prêta),  et des enfers (naraka). La mort et la vie émergent en raison des états mentaux discordants (nyon-mongs), ainsi que l’évolution  du cycle de renaissance dans les 6 royaumes. Consternés par le bouleversement de l’ordre naturel, l’union du ciel et de la terre, de l’Est et de l’Ouest, les Dieux demandèrent ce qui pouvait être fait. Le Bodhisattva Manjushri, répondit du ciel : Ne vous trompez pas de cette manière ! Vous vous êtes trompés en matière de nature d’existence ! Si les huit trigrammes étaient restés séparés cela aurait été bénéfique !

Chaque trigramme a alors été placé avec le trigramme complémentaire. Khen a été enlacé avec la jambe gauche de la tortue, Khon avec le bras gauche, Li avec la tête, Dva le cœur, Kham avec la queue, Zin avec l’aisselle droite, Zon avec le bras droit, Gin qui est devenu le Seigneur des esprits de la terre, avec la jambe droite. Selon cette disposition, des conflits s’élevèrent entre Gin et Zin, Khon et Khen, Kham et Li, c’est pourquoi on les appèlent « les huit trigrammes brûlants ». La tortue des êtres vivants est entourée de douzes animaux mâle et femelle, qui sont la progéniture des trigrammes et qui donnent leur nom à toutes les divisions temporelles, année, mois, jour. Ainsi qu’aux douze liens de causalité, les Nidâna (Tendrel), démontrant que notre vie n’est autre qu’une succession de causes et d’effets. C’est un enseignement capital en astrologie, la chaîne de l’interdépendance (pratîyasamutpâda), est décrit ainsi dans les sûtras :

  • De l’ignorance dépendent les formations karmiques (symbolisé par une vieille aveugle)
  • Des formations karmiques dépend la conscience, (symbolisée par un potier)
  • De la conscience dépendent nom et forme, (symbolisée par singe juché sur un arbre)
  • Du nom et de la forme dépendent les organes des sens, (Barque avec quatre passager et un timonier)
  • Des six organes des sens dépend le contact, (Symbolisé par une maison vide à six fenêtre)
  • Du contact dépend la sensation, (Symbolisé par un couple enlacé)
  • De la sensation dépend le désir, (Symbolisé pour un homme avec une flèche dans l’oeil)
  • Du désir dépend l’attachement, (Symbolisé par un homme qui boit)
  • De l’attachement dépend la naissance, (Symbolisé par un singe qui saisit un fruit)
  • De la naissance dépendent vieillesse et mort*,

Ainsi, les agrégats de la souffrance découlent les uns des autres.
*(Symbolisé par une femme enceinte, un accouchement et un homme qui porte un cadavre)

Les 12 liens de l'interdépendance

Les douze liens de causalité, sont aussi représentés par les 12 animaux qui encerclent la tortue d’or des êtres sensibles. Le tigre mâle et le lièvre femelle sont enfants du trigramme Zin, le Dragon est le fils de Zon, le cheval et le serpent sont les enfants du trigramme Li. Le mouton est la fille de Khon, l’oiseau et le singe sont les enfants de Dva, le chien est le fils de Khen, la souris et le cochon sont les enfants de Kham et le bœuf est la fille de Gin.

Cette loi de causalité n’est pas une fatalité, tout événement n’est que le produit de causes. Quand on prédit un événement, on ne fait que prendre conscience des énergies susceptibles de provoquer plus tard cet événement. Il n’est que potentiel et peut être modifié, en purifiant les causes énergétiques ou karmiques à l’aide de pratiques spécifiques et grâce aux précieuses indications de l’astrologie, il nous est ainsi possible d’éviter bon nombre de souffrances, c’est un peu comme éteindre une étincelle avant qu’elle enflamme une maison.

La tortue de l’émanation symbolique

Manjuhri matérialisa la tortue d’émanation symbolique, qui est encore utilisée de nos jours pour établir toutes les divinations. Cette tortue ainsi que ces émanations ont tous trois modes de manifestation: extérieure, intérieure et secrète. Extérieurement par le biais des cinq éléments, il émane les 12 Dieux mâle, compagnons de longue vie. Intérieurement par le biais des trigrammes, il émane les huit déités causant les bienfaits et les malheurs. Secrètement, au travers des 12 signes animaux, il émane les 18 déités de dédain nuisibles et bénéfiques.

La tortue de l’exégèse ou de l’incision

Cette tortue émane de Manjushri pour instruire les êtres vivants au travers de la contemplation, de son grand amour et de sa bonté. Cet enseignement a été transmis aux dieux (Deva), aux rois des esprits serpentins (nâgas), aux anti-dieux (asura), dieux et démons des huit classes et à certains êtres humains avancés.

Manjushri enseigna le tantra des cinq émanations qui comprenant le tantra du corps du Bouddha intitulé « la lampe qui  clarifie » et qui émana de son  chakra de la tête, le tantra de la parole du Bouddha intitulé l »a Grande Bataille » qui émana du chakra de la gorge, le tantra de l’Esprit du Bouddha, intitulé « l’Assemblée de tous ce qui est supérieur, » le plus élevé qui émana du chakra du cœur, le tantra des attributs du Bouddha intitulé « le Siège Indestructible » qui émana de son nombril. Et enfin, le tantra racine de l’activité du Bouddha intitulé « la Tortue Noire » qui émana de ses mains. Après avoir transmis ces enseignements, Brahmâ et Vijaya offrirent en signe de remerciement des offrandes. La tortue d’émanation, se transforma alors en relique. Manjuhri fit ensuite une incision, pénétrant la tortue depuis le côté droit jusqu’à ce que la pointe métallique ressorte du côté gauche (Ouest) tandis que le manche en bois restait du côté droit (Est). De la bouche sortit alors le Feu (Sud), et de la partie inférieure sortirent les urines et les excréments (Nord). Il fit également une incision interne et toucha à l’Est les nerfs (Bois), la respiration au Sud (Feu), les os à l’Ouest (Métal), le sang et le sérum au Nord (Eau) et la chair dans les directions intermédiaires (Terre). Puis il fit une dernière incision et pénétra le foie (Est), le cœur (Sud), les poumons (Nord) et la rate (les quatre directions intermédiaires).

La tortue et la structure énergétique du corps

La tortue cosmique, bien qu’elle est le symbole de l’univers, représente en même temps la structure énergétique du corps humain : son axe tête-queue est à la fois le Mont Méru et le canal central Uma. De sa tête sortent trois Vajras : celui de droite est rouge et représente le canal Roma. Celui de gauche est blanc et représente le canal Kyangma.Au niveau de sa queue sort un autre Vajra avec des serpents enroulés autour qui figurent les énergies subtiles du corps.

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